

La
biodiversité agricole
La diversité concerne aussi les espèces domestiquées qui dans leurs lointaines origines sont issues de souches sauvages. De tout temps les paysans ont sélectionné et croisé des variétés végétales ou animales pour les adapter au mieux aux contraintes et aux besoins locaux. Probablement avec des hauts et des bas mais avec une efficacité certaine.
Puis est arrivé l'ère de la production de masse, les paysans sont devenus producteurs, dépossédés de leurs savoir faire, guidés par des experts.... La quantité a pris le dessus sur la qualité et surtout sur la durabilité.
Les végétaux
Actuellement 30 espèces végétales fournissent 90% des calories consommées dans le monde. Blé, riz, maïs procurent plus de 50 % de ces calories végétales.
De plus l'agriculture moderne se focalise sur quelques variétés de chacune d'elles. Depuis la moitié du XXème siècle ces variétés produisent jusqu'à deux ou trois fois plus, mais exigent d'avantage d'engrais, de pesticides et d'eau.
Pays
par pays, le même constat revient :
Au total, 75 % de la diversité génétique des plantes agricoles auraient disparu au cours du XXème siècle.
Les animaux
Lorsque dès la préhistoire, les hommes se mettent à domestiquer les animaux, ils les sélectionnent et les emploient pour de nombreux usages, partout sur la planète.
Le résultat cumulé de 10 000 ans d'élevage et de sélection, ce sont 6000 races de bétails et de volailles aujourd'hui adaptées à chaque ensemble de situation écologique, de système de production et de conditions de vie. La diversité contenue dans ces races est l'un des biens les plus précieux pour les générations futures.
Comme pour les plantes, la diversité biologique des animaux de rente dans les pays du sud est plus grande que dans les pays du nord. L' Asie a plus de 150 races porcines, tandis que l'Amérique du nord n'en a que 40.
Dans
le monde, une quinzaine d'espèces assur
e plus de 90 % de la
production de l'élevage.
En 15 ans, 300 des 6000 races recensées par la FAO (Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture), ont disparu. Ces pertes touchent surtout les pays ayant une production animale intensive. En Europe la moitié des races a disparu en un siècle.
Les dangers de la perte de biodiversité
L'homogénéisation
génétique de l'agriculture est un risque majeur. Si la poignée de
variétés qui assure l'essentiel d'une culture est sensible à une
maladie, à un ravageur ou à un aléas climatique, toute le récolte
est menacée.
Pour les races animales indigènes une de leurs caractéristiques est leur aptitude à résister aux maladies, aux parasites, aux piqures d'insectes et aux contraintes climatiques (Le bovin sibérien « Yakut » supporte jusqu'à moins 60 degrés, se nourrit de peu et produit un lait à haute teneur en matière grasse).

Sélectionner les animaux pour leur seul rendement compromet ces résistances.
Agriculture et vie sauvage
Les plantes et animaux sauvages proches des zones de culture ou d'élevage disparaissent avec le recul des écosystèmes naturels. La disparition des insectes et autres petits invertébrés, des bactéries, des champignons... dégradent les sols et affectent la productivité des systèmes agricoles.
Deux tiers des espèces cultivées ont besoin des insectes ou parfois d'oiseaux pour leur pollinisation.
Autre problème, on a tendance à opposer la biodiversité agricole nécessaire à la nourriture à la biodiversité sauvage. C'est ignorer que des millions de personnes complètent leur alimentation avec les fruits, les racines et les graines qu'elles puisent dans la forêt ou les aires non cultivées.
Des avantages jamais pris en compte quand il faut décider du sort de ces terres communes.

Déséquilibre
Nord Sud
Depuis les années 1970, la communauté internationale prend conscience du formidable potentiel que représente la biodiversité. Pays et institutions internationales créent des collections pour conserver le plantes en voie de disparition.
La vaste majorité des ressources et de leur connaissances provient des pays du sud qui hébergent 86 % des plantes supérieures connues, 99 % des peuples autochtones et 96 % des paysans du monde.
C'est pourtant les pays du nord qui tirent le plus grand profit de ce patrimoine en mettant au point de nouvelles variétés. Ces pays ont accès à 75 % des ressources génétiques connues, parce qu'ils les ont collectées ou parce qu'ils contrôlent les collections internationales et qu'ils possèdent les technologies pour les exploiter, tout en mettant cette biodiversité en danger.
Les
Organismes Génétiquement Modifiés : menace sur la biodiversité
Avec
les OGM, le génie génétique approfondit le déséquilibre entre
les pays riches en ressources et ceux qui les exploitent. Cette
technologie affecte la biodiversité pour au moins 4 raisons majeures
:
rainent
des résistances chez les ravageurs. (Grops
Effects on farmland Life, Département de l'environnement, de
l'alimentation et des affaires rurales, Londres 2003).
u Colorado ont reçu un
brevet sur des plantes de quinoa, dont la culture préexiste à
l'empire Inca. Un défi politique
Entretenir et faire revenir la biodiversité dans les campagnes est une question de survie. Les populations du sud qui utilisent des variétés à foison savent bien que ne planter qu'une variété de mil ou de haricot, revient à mettre tous les œufs dans le même panier : toute la production peut succomber à n'importe quel aléa.
La biodiversité est une garantie face à l'avenir. S'adapter aux changements climatiques ou se protéger contre de nouvelles maladies sera impossible sans le réservoir de potentialités que représente la diversité des formes de vie.
Promouvoir la biodiversité passe par la mise en place de politiques publiques qui la favorise ou qui, du moins, tolère sa présence. En France l'état entrave l'activité des agriculteurs biologiques qui ont le plus besoin de variétés adaptées aux différents terroirs et celle des agriculteurs qui veulent ressemer une partie de leur récolte.
Mais ce sont les OGM qui représentent la menace la plus inquiétante et rendent urgente la modification des politiques publiques.
D'abord parce qu'ils permettent l'appropriation du capital génétique. Le brevet n'est plus le seul instrument de mainmise des multinationales sur les semences. De nouvelles pratiques telle la stérilisation des semences sont à l'œuvre.
Alors que les OGM contaminent les champs non OGM, l'Union Européenne interdit à des milliers d'élus locaux en Europe de déclarer leurs territoires sans OGM par peur de s'opposer aux règles de l'Organisation mondiale du commerce.
En France un collectif demande l'organisation d'une conférence de consensus qui inclut des citoyens « ordinaires ». L'idée est bonne à condition de ne pas présenter les OGM comme une fatalité qu'il faut gérer. En réalité il ne sont qu'une manière de produire de la nourriture, pour l'heure incompatible avec les autres formes d'agriculture, dont certaines sont autrement plus intéressantes et font leur preuve depuis des millénaires.
Sources
: Réalisé à partir de « La Revue
Durable » N° 12, Septembre et octobre 2004. Dossier « Vive
la biodiversité agricole ».
Photos Wikipédia, de haut en
bas : - Diverses variétés de maïs péruvien - Vache de race Tudancu
d'Espagne - Vache de race Maremma, d'Italie - Vache de race Barroso, du
Portugal - Chèvre "Tiefelgeiss" - Moutons rustiques des landes de
Luneburg en Allemagne.
Origine de quelques produits agricoles
La majorité des plantes que consomment les européens sont originaires des pays du sud. C'est dans les centres d'origine de ces plantes que les créateurs de nouvelles variétés trouvent le matériel génétique pour adapter les plantes aux nouvelles pressions.
La
pomme de terre : Elle est originaire de la Cordillère des Andes
dans le sud-ouest de l'Amérique du Sud où son utilisation remonte à
environ 8 000 ans. Introduite en Europe vers la fin du XVIe siècle à
la suite de la découverte de l’Amérique par les espagnols, elle
est aujourd’hui cultivée dans plus de 150 pays sous pratiquement
toutes les latitudes habitées.
Le concombre est une plante potagère herbacée, rampante, de la même famille que la calebasse, le melon ou la courge (famille des Cucurbitacées) cultivée pour son fruit, lequel est consommé comme légume. La plante qui poussait naturellement au pied de l'Himalaya aurait été domestiquée pour la première fois en Inde il y a au moins 3 000 ans.
Le maïs est une plante tropicale herbacée annuelle. Largement cultivée comme céréale pour ses grains riches en amidon, mais aussi comme plante fourragère. Le terme désigne aussi le grain de maïs lui-même.
Cette espèce, originaire d’Amérique centrale, d’Amérique du Sud et d'Amérique du Nord, constituait la base de l’alimentation des Amérindiens avant l'arrivée en Amérique de Christophe Colomb. La plante fut divinisée dans les anciennes civilisations d’Amérique centrale et méridionale. Introduite en Europe au XVIe siècle, elle est aujourd’hui cultivée mondialement et est devenue la première céréale mondiale devant le riz et le blé.
Le Blé est un terme générique qui désigne plusieurs céréales. Ce sont des plantes annuelles de la famille des graminées cultivées dans de très nombreux pays. Le terme blé désigne également le grain produit par ces plantes.
Le blé fait partie des trois grandes céréales avec le maïs et le riz. Le blé est, dans la civilisation occidentale et au Moyen-Orient, un composant central de l'alimentation humaine. Il a été domestiqué au Proche-Orient à partir d'une graminée sauvage. Sa consommation remonte à la plus haute Antiquité. Les premières cultures apparaissent au VIIIe millénaire av. J.-C., en Mésopotamie et dans les vallées du Tigre et de l'Euphrate (aujourd'hui l'Irak). L'arrivée du blé en France remonte probablement à moins 5000 avant J-C.
Le haricot ou haricot commun, est une plante annuelle couramment cultivée comme légume. On en consomme soit le fruit (la gousse), soit les graines.
Cette plante, originaire d'Amérique centrale et d'Amérique du Sud, joue un rôle important dans l'alimentation humaine comme source d'amidon et de protéines.
Sa première apparition dans des sites archéologiques est datée de 7000 ans av. J.-C. au Pérou, de 4000 ans av. J.-C. au nord-est du Mexique et de 3000 ans av. J.-C. Au sud-est de Mexico.
La
première introduction du haricot en Europe serait due à Christophe
Colomb qui le découvrit lors de son premier voyage en octobre 1492.

La pomme que nous consommons aujourd'hui est une descendante d'une l'espèce consommée par l'homme depuis le néolithique sur les plateaux d'Asie centrale (la région d'Almaty au Kazakhstan en revendique son origine). Il y a 3 000 ans, elle était déjà consommée par les Chinois. Elle arriva par la route de la soie chez les Arabes, les Grecs et les Romains. Pline l'Ancien en répertoriera plus tard environ 100 variétés. Aujourd'hui, il existerait plus de 20 000 variétés dont 7 000 sont cultivées à travers le monde.
Au
Moyen Âge, les monastères et les couvents ont joué un rôle
important dans le développement de sa culture.
La
poire est originaire d'Asie centr
ale. On a retrouvé des pépins de
poire dans nombre de sites préhistoriques.
Elle fut aimée des Grecs. Homère a désigné la poire comme étant un "cadeau des Dieux".
La culture de la poire aurait commencé en Chine, plus de 4000 ans avant Jésus Christ. Mais c'est grâce aux Romains que la culture de la poire s'est vraiment développée en Europe. Il y en avait une soixantaine de variétés à la fin de l'Empire Romain en 476 après J-C. En France, la tradition rapporte que les souverains venant se faire sacrer à Reims, recevaient en cadeau une poire et une coupe de champagne.
La tomate La tomate est originaire des régions andines côtières du nord-ouest de l'Amérique du Sud (Colombie, Équateur, Pérou, nord du Chili). C'est en effet seulement dans ces régions qu'on a retrouvé des plantes spontanées de diverses espèces de l'ancien genre, notamment la tomate cerise.
Le terme désigne aussi ce fruit charnu, qui est l'un des légumes les plus importants dans l'alimentation humaine et qui se consomme frais ou transformé. Elle fut introduite en Europe au début du XVIe siècle par les Espagnols.
L'orange est originaire de Chine. On peut distinguer deux grandes routes de pénétration de ce fruit en Europe. La route méditerranéenne fut empruntée, à l'époque des croisades (XIe siècle-XIIIe siècle), par l'orange amère ou bigarade : transmis par les Perses aux Arabes, ce fruit fut implanté en Sicile, d'où il se diffusa vers le reste de l'Europe. Dans un second temps, au XVIe siècle, les navigateurs portugais découvrirent l'orange douce en Chine, et la rapportèrent en Europe ; son succès finit par évincer l'orange amère.
France et biodiversité domestique
Fromages
De 350 à 400 types de fromages sont produits en France, ce qui aurait fait dire au Général de Gaulle :
« Comment voulez-vous gouverner un pays où il existe plus de 300 sortes de fromage ? »
Vins
La France étant l'un des pays de l'héritage latin, le vin fait partie intégrante de sa culture. La façon dont la culture française s'est investie dans l'élaboration de ses vins lui a même valu une réputation internationale. C'est le pays ou le nombre d'appellations et de dénominations est le plus important : l'INAO recense 3 022 produits (vins) différents dans le commerce, produits regroupés en 1 371 dénominations, chacune d'elles appartenant à son tour à l'une des 340 AOC officiellement recensées.
L'arche du goût
Une initiative de l'association Slow-food pour la promotion d'aliments et de vins fins combinée aux efforts de sauvegarde des aliments traditionnels qui disparaissent faute de marché : charcuteries, fromages, céréales, variétés de fruits et races animales...
Les 15 premiers produits de l’Arche du Goût (2008) :
La Noix de Bruis ou « La Ronde » (Hautes-Alpes)
La Pêche Roussane de Monein (Pyrénées-Atlantiques)
La Poire Sarteau (Alpes du Sud)
La volaille Coucou de Rennes (Ille-et-Vilaine)
La brebis brigasque (Alpes-Maritimes)
Le porc gascon (Hautes-Pyrénées)
La race bovine Bretonne Pie Noire (Bretagne)
La race bovine Maine-Anjou (Pays de Loire) La race caprine Rove (Provence et Languedoc)
Le Sagarnoa (Pyrénées Atlantiques)
Les vins rancios secs du Roussillon (Pyrénées Orientales)
Le vin « Cuvée des vignes d’antan » (Ardèche)
L’oignon de Trébons (Hautes-Pyrénées)
Le navet noir de Pardailhan (Hérault)
Le pois blond de la Planèze (Cantal)
Animaux
du terroir
Les animaux domestiques ne sont pas issus du
hasard, ils ont été conçus par des hommes.
A ce titre, la
France par la variété de ses territoires et sa position de
carrefour européen jouit d’une grande variabilité de ces
animaux.
« Animaux-de-terroir » vous parlent de
vaches, chevaux, chèvres, moutons, cochons, ânes, mulets et des
territoires passés et présents qui ont façonné ce patrimoine
culturel vivant à part entière.
La biodiversité : une « assurance-vie » pour la planète et ses habitants
Elle constitue une richesse héritée du passé que nous avons le devoir
de transmettre aux générations à venir.
La Revue Durable est une revue de vulgarisation francophone sur l'écologie et le développement durable. Elle intervient sur tous les thèmes d'actualité qui relèvent de ces domaines.